Des milliers de ruches dévastées, un tapis d’abeilles mortes recouvrant le sol. La scène macabre est de plus en plus fréquente à chaque printemps.   Cet hiver a été particulièrement meurtrier pour les abeilles en France. Le syndicat apicole dauphinois et son homologue de L’Abeille dauphinoise ont réalisé une étude de la mortalité auprès de leurs adhérents en Isère. Résultat : environ 35 % de mortalité sur les cheptels à la sortie de cet hiver.

« Jusqu’à 58 % de pertes »
Partout en France, la filière apicole en appelle désormais aux plus hautes autorités de l’État pour prendre des mesures. Côté isérois, les apiculteurs seront reçus par le préfet le 18 juillet. « La mortalité de nos abeilles en Isère varie fortement selon que l’on se situe en zone de montagne ou à proximité des champs et des arbres traités plutôt en plaine, comme dans le Nord Isère, explique Bernard Verneyre, président du Syndicat Apicole Dauphinois. Dans ces zones, nos apiculteurs nous signalent jusqu’à 58 % de pertes. Cela fait deux ans que nous avons de tels niveaux de mortalité, c’est catastrophique. Il est temps d’agir. »

Un constat alarmant que partage son homologue Claude Delaire, de L’Abeille dauphinoise : « Non seulement cela s’aggrave, mais des dizaines d’études scientifiques ont identifié les causes, affirme-t-il. L’état sanitaire de l’environnement s’est considérablement dégradé sous l’effet, il faut bien le dire, des intrants chimiques utilisés par l’agriculture. Ils agissent comme des neurotoxiques sur les abeilles et viennent affaiblir leur système immunitaire. » Année après année, les générations sont de moins en moins résistantes face aux bactéries ou aux parasites exotiques comme le varroa.

Du côté de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de l’Isère (FDSEA), son directeur Christian Olles affirme que « la solution est dans la recherche d’alternatives à certains produits chimiques. Il faut aussi aider les agriculteurs qui veulent se convertir en bio, car c’est une issue, estime-t-il encore. Mais quand on réduit les aides pour le bio, le gouvernement ne prend pas la bonne direction. La vitrine écolo Hulot est bien belle, mais derrière la réalité c’est un budget Macron qui n’accompagne pas les agriculteurs dans le bon sens », tacle-t-il.

« Pour commencer, nous demandons au préfet de faire respecter les directives sur l’utilisation des intrants chimiques, cela amoindrirait déjà leur impact », estime Claude Delaire. Pour mobiliser plus largement tous les citoyens, une grande manifestation en défense des abeilles est d’ores et déjà prévue mi-octobre par les deux organisations apicoles de l’Isère.

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